À un cheveu près
Un ancien président de notre belle France
Marchant parmi la foule au cours d’une visite
Par un gamin curieux se vit tirer la manche.
Le morpion le regarde, à peine s’il hésite,
Et demande au grand Homme pourquoi son crâne est lisse
Et pourquoi aux côtés des cheveux apparaissent.
Le grand homme surpris dans l’oreille lui glisse :
« C’est signe d’intelligence que d’avoir peau de fesses,
Aucun poil au-dessus de là ou le front plisse,
Mais tout sur les côtés au-dessus des oreilles »,
(Comme grande couronne que de belle main lisse
Il aime caresser le matin au réveil).
Le môme Fronce sourcils et lui répond alors,
Après temps de stupeur et quelque réflexion,
« Mais tu dois être alors un peu con sur les bords ? »
Et notre président ainsi se prit l’affront.
Un juste milieu
Un après-midi au zoo, une maman accompagnée de sa fille de 4 ans sont devant l’éléphant.
Conversation : « c’est quoi maman le machin qui pend devant sa tête ? » « C’est sa trompe ma chérie »... « C’est quoi maman le petit truc qui pend derrière ? » « Ça c’est sa queue »... « Et c’est quoi le gros truc qui pend au milieu sous son ventre, maman ? » « Heu... ça, c’est rien, c’est rien du tout ! »
Et le gardien qui passe à côté à cet instant de dire : « Ben dites donc, vous alors vous êtes sacrément blasée ! »...
Par Jupiter ! Si le Mercure s'emmêle... il faut le froid à terme omettre
Geoffroy Ozos était un homme frileux. Très frileux.
Né dans un bourg perdu du Périgord noir un soir brumeux de janvier 1954 à 19h54, son premier cri fut d'effroi. Ça pelait dur ce soir-là, d'autant plus que le poêle à bois attendait que la caravane passe avec son chargement de bûches et avant Noël tant qu'à faire.
Sa mère, pauvre femme aux abois, presque dans la misère, avait pour seul confort une couverture de laine bien mince et peu sociale, offerte par l'abbé Joseph, le pervers père Pierre étant encore en devenir et de toute façon sur Paris, donc éloigné de ce lieu.
Tout tremblotant, réchauffé malgré tout et tant bien que mal par les soins d'Egkarte Lequist la sage-femme d'origine (suédoise d'après son patronyme), lingé dans quelques torchons propres, sa vie débuta à zéro. Zéro degrés soit dit, un témoin de l'époque, le Père Momètre, s'en souvient encore parfaitement bien.
Ses premières années furent assez ordinaires, très jeune il dut aider sa mère qui demeura longtemps à Vergt, solitaire, toujours en Dordogne.
La maison, ou plutôt la masure comme dirait certain Bruno journaliste, était froide l'été, glaciale l'hiver.
L'isolation à l'époque était généralement confiée à l'épaisseur du papier peint des murs intérieurs et pour les plus nantis au crépi de chaux pour l'extérieur.
La famille sans père, trop pauvre même pour s'offrir quelques lés, caillait.
On usait de vieux journaux pour tapisser l'intérieur du logis laissant la crasse du temps s'occuper du dehors.
Geoffroy souffrait journellement de cet engourdissement permanent qui l'envahissait le matin au sortir de la couche et plus encore de la douche. Perpétuellement transi, ses journées étaient une quête acharnée d'un peu de chaleur salvatrice.
L'été, même au soleil, au moindre souffle d'air frais il frissonnait. Alors l'hiver n'en parlons pas !
Enfin si, parlons-en ; pour Geof' et les matous du village l'hiver commençait vers la mi-août et durait bien jusqu'aux environs du 18 juin à l'heure de l'appel, les bonnes années.
De tout bébé jusqu'à l'âge de dix-huit ans révolus il vécut emmitouflé. Du bonnet de laine doublé aux bottines fourrées sur chaussettes épaisses, plusieurs couches de sous-vêtements, de gros pulls de laine gratteux à côtes tricotés par sa mère ou quelque voisine serviable, caleçon thermo-lactel (olé) sous son pantalon de velours, veste à double doublure, écharpe large et à deux tours... à peine s'il avait chaud ainsi attifouraillé.
Passons sur ses années de scolarité, de la maternelle au primaire et jusqu'à l'adolescence qui furent évidemment un calvaire ; quolibets en tous genres, harcèlement, méchancetés gratuites qu'il dût subir au quotidien tout au long du parcours. Atroce.
Mais il tint.
Il tint, tint, avec Milou son petit chien trouvé qui lui ne le moquait point. Son seul ami, Guy, moquait parfois quelque autre camarade mais jamais Geoffroy. S'il tentait néanmoins la moindre plaisanterie Geo le fusillait du regard et l'affaire s'arrêtait là.
Il quitta l'école à 14 ans et demi, entreprit de travailler chez un matelassier qui voulut bien le former au métier en son échoppe, grâce à l'appui de l'instituteur du village. Le vieux maître d'école l'avait suivi depuis le cours élémentaire jusqu'au "certif" à la communale du village et l'avait toujours protégé.
Cet homme de bien, instituteur communiste bon teint comme il se devait, toujours de bonne humeur, fin lettré grand connaisseur d'Homère voyageant dans les livres l'avait pris sous son aile.
Heureux qui, communiste, faisait de beaux voyages...
Apprenti matelassier, aide matelassier, ouvrier matelassier, il fit son trou dans le matelas et y prit un certain plaisir. Carder la laine à matelas était ardu, demandait effort et précision mais surtout tenait ses mains au chaud, entre autres.
Même si le matin il lavait plutôt la laine fraîche, la journée il bourrait les matelas de bonne laine sèche bien au chaud dans l'atelier, ne prenant quelque pause que pour savourer une bière à la chope en l'échoppe.
La paie était chiche mais il était au chaud.
À l'âge du service militaire il fit ses "trois jours" qui ne durèrent que 36 heures, fut réformé pour pieds plats.
Une chance, imaginez un peu qu'il eût été retenu et envoyé chez les chasseurs alpins ! Hypothèse glaciale.
Ayant repris son activité matelassière à l'issue, il s'affirma dans le métier, puis après douze années de labeur hérita de la boutique au décès de son patron.
Travailleur acharné, Geoffroy Ozos prit de l'essor, réforma l'entreprise, embaucha, diversifia, grossit, ouvrit une petite usine où il fit son beurre et emplit son bas de laine.
Du matelas de laine il passa aux chaussettes de laine puis aux caleçons molletonnés, sous-vêtements thermiques, vêtements de ski techniques, jusqu'à mettre au point les fameux slips et caleçons fourrés pour montagnards et explorateurs polaires de la marque "le phoque qui rit", vendus en boites de douze et dont tout le monde connaît le logo.
La boite de douze était une idée de génie, deux petites semaines au propre sans faire de lessive est bien pratique par moins trente ou quarante.
Pour résumer, il devint un personnage important dans sa région, toujours aussi frileux mais jamais en affaires.
À cinquante ans, aisé, reconnu, décoré de l'ordre national du mérite, Geoffroy Ozos délégua, prit ses distances avec le monde des affaires et se lança dans l'exploration de contrées ensoleillées.
Partout où la température ne tombe pas sous les 30 degrés de jour il voyagea.
À l'été 2006, à cinquante deux ans, il entreprit une grande virée dans le désert de Gobi. Il perdit son chemin le septième jour et erra pendant deux autres. Le dernier jour, affaibli et manquant d'eau il se coucha au pied d'une dune où la nuit le surprit. Une nuit glaciale. Au matin Il ne s'éveilla point.
Il était mort.
Traversant instantanément les nuées à une vitesse fulgurante son esprit entreprit alors le voyage à travers ce fameux tunnel que décrivent certains NDE-istes ou autres EMI-istes.
Une force inimaginable l'aspirait vers l'infini des cieux.
Après quelques instants d'éternité il arriva au terme et aperçut au sein d'une lumière indescriptible son Ange-Gardien qui l'attendait, faisant le pied de grue près d'un étang d'eau claire à l'orée d'une clairière extraordinairement fleurie.
Tout y était merveille : la lumière, les senteurs, les couleurs, les sons.
Un bémol toutefois, il frissonnait.
L'Être ailé le prit alors par la main et lui annonça qu'il le conduisait à l'entrée du paradis.
Ses années de souffrances, sa belle conduite, son humanité, la prospérité qu'il avait pu apporter à ses contemporains, les bonnes actions menées de toute sa vie malgré quelques péchés véniels, tout ceci concourait à son admission immédiate au plus bel endroit des cieux. Ils s'y rendirent donc.
À peine l'entrée franchie Geoffroy pourtant sembla embarrassé.
Son accompagnateur à rémiges s'en rendit bien compte évidemment et lui demanda ce qu'il en était.
- Quelque chose t'ennuie ? Tu sembles contrarié.
N'es-tu point comblé d'être au ciel en paradis pour l'éternité ?
- Si, si, impératriça-t'il, ça a l'air merveilleux, mais il y fait froid, je trouve ! Est-ce normal ?
- Froid ? Mais pas du tout ! Le paradis est climatisé éternellement à 24 degrés Celsius, comment peux-tu y ressentir du froid, c'est incompréhensible !
- Ben si, j'ai froid. J'ai toujours froid, toute ma vie j'ai eu froid. Je suis extrèmement sensible au froid. Le moindre courant d'air frais est pour moi une agression. Cailler toute l'année ce fut ma vie et là je suis mort et je me pèle encore.
- Par mon auréole ! C'est bien la première fois qu'un arrivant se plaint de la température du paradis, je vais en référer immédiatement à qui de droit, Saint-Pierre en sera informé.
Mais en attendant, je t'invite à découvrir et visiter les lieux, tu verras comme tout est merveilleux ici.
À tout à l'heure, je reviens sous peu.
Geoff' visita, s'émerveilla, s'emplit du bonheur ambiant mais continua de se les geler. Décidément la température ne lui convenait pas.
L'Ange fut bientôt de retour et lui indiqua qu'après avoir étudié son dossier et en avoir délibéré, le service de gestion des arrivées prenait en compte son aversion pour le froid.
En raison de ses excellentes références terrestres il lui serait autorisé exceptionnellement s'il le désirait de loger au purgatoire, pour raison médicale.
La température y était nettement supérieure, les occupants provisoires devant en suer quelque temps entre autres désagréments, afin d'expier leurs péchés.
Il en fut réjoui, remercia chaleureusement (bien évidemment) et entra immédiatement en purgatoire.
Quelques fractions d'éternité plus tard, l'Émissaire aux plumes dorées reçut une communication lui indiquant que son protégé demandait à le voir. L'Être, zélé, descendit lui faire visite.
Geoffroy lui déclara n'avoir toujours pas bien chaud et demanda s'il ne pouvait y avoir remède.
L'Ange, déçu, indiqua tout contrit qu'il ne restait plus que l'enfer où il puisse vraiment faire plus chaud, mais que seuls les damnés y étaient conduits.
Geoffy implora, supplia qu'on lui autorise au moins une courte visite, pour voir si cela lui réussirait mieux comme climat et si ce n'était pas le cas il convenait de retourner en désespoir de cause au purgagoire. Était-ce possible un petit test ?
L'Emplumé lumineux partit se renseigner chez qui de droit et revint lui confirmer l'accord exceptionnel de Saint-Pierre. Ça roulait pour un essai, étant convenu qu'après quelques heures d'éternité son mentor vienne s'enquérir de son ressenti pour convenir de la suite éventuelle à donner.
Enchanté, Geof' fila en enfer.
Satan, informé comme il convient par le dispatching céleste, accepta de prendre en compte le fait que le sus-nommé n'aurait à subir de contrainte autre qu'une température élevée, en sa qualité d'invité VIaillePi.
Geo'ffy fut installé dans une alcôve, à proximité des chaudrons où mijotaient les voleurs, les menteurs, plagieurs de textes bien écrits et autres petits délinquants. Un endroit où la chaleur est considérée comme encore supportable en enfer.
Après quelque temps et n'ayant pas de nouvelles, du ciel (et non d'Anjou) l'Ange vint sonner à l'entrée des champs infernaux.
La lourde porte de fer roula en grinçant sur son rail et un démon-gardien, une fourche à la main, apparut dans l'ouverture.
- Ouais, c'est pourquoi beau blond empluminé ?
L'Interpelé à vif à peine eût-il le temps d'ouvrir la bouche pour s'enquérir du sort de son protégé que la voix de Geoffroy retentit :
- Courant d'air ! La porte Nom de Dieu !
Du cannabis dans des croquettes
Une information de notre journaliste Kurt Maibone :
Deux quinquagénaires hollandais plutôt inventifs ont été jugés lundi 4 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Valence (Drôme).
Le 28 janvier, les deux hommes avaient été interceptés par la douane à Valence en possession de 5.3 kilos de cannabis.
Les autorités avaient découvert la drogue dans des sacs de croquettes pour chien. La marchandise récupérée en Espagne était destinée à la revente aux Pays-Bas.
Conclusion :
Il ne faut pas ôter de l'esprit du camé l'idée qu'aux actions de lutte contre la drogue la Drôme adhère et que les forces de l'ordre bossent.
Un exploit extraordinaire
Un commentateur du Tour de France en 2024 a indiqué qu'un coureur avait réussi à se dépasser pour arriver en tête d'un col sur une étape de montagne.
Si je comprends bien si ce coureur ne s'était pas dépassé il serait arrivé en deuxième position derrière lui-même alors ?
J'ai dû louper quelque chose...
Le monde bleu voit rouge
Petite toupie bleue autour de son soleil
En un ciel d'encre noire tout piqueté d'étoiles
Tournoie et virevolte sous les rayons vermeils
De l'astre éblouissant à la face royale.
Unique terre des hommes, minuscule vaisseau
Parcourant son ellipse dans le froid absolu
Sans autre compagnie que cet humble falot
Qui éclaire tes nuits de son reflet ténu,
Caillou froid et sans vie mais pourtant si précieux
À rythmer tes marées et maintenir ton axe,
Resteras-tu longtemps à fendre encore les cieux
Ne pas te rebeller ni faire payer la taxe
Aux humains malveillants qui détruisent ton âme,
Agressant ton visage et fouillant tes entrailles ?
Plus nombreux que jamais et toujours plus infâmes
Ils n'ont que rage au cœur où qu'ils soient où qu'ils aillent.
Merveilleuse maison, paysages grandioses
Jardins aux fleurs choisies traversés de ruisseaux
Aux eaux claires murmurantes où l'esprit se repose,
Les hommes sans raison détruisent ton propos :
Souillant leur propre lit de noires déjections
Accumulant déchets, cadavres de bagnoles
poisons alimentaires, plastiques en perdition.
Tout fiers de leurs étrons certains même en rigolent
Accusant la nature d'étre seule responsable
De tous les changements qui blanchissent ta peau
Alors qu'ils en sont bien, tout ça est déplorable,
Les principaux acteurs ! La fin est pour bientôt...
Déjà tu te rebelles sur tous les continents,
Tu t'ébroues comme un chien et secoues ta carcasse
Pour te débarrasser d'humains incommodants,
Tu les noies sous tes eaux et tes vents les fracassent
Bientôt tu lâcheras tous les feux des enfers
Crachant des flots de lave, de pierres et de cendres
Pour les punir d'avoir pourri ton atmosphère,
Pollué tous les sols, tout pris sans jamais rendre,
"Enplastiqué" les mers, empuanti les airs,
Fouaillé dans tes entrailles pour y voler ton or,
Y pomper ton pétrole, révéler tes mystères,
Rasé ta chevelure, et puis que sais-je encore...
Les humains, cette engeance qui te fait tant de mal
N'ont qu'à bien se tenir, tu vas les faire payer
Leur rendre la monnaie de façon radicale
Ils te croyaient leur bien mais doivent le loyer.
Nostalgie d'un Col Bleu
De ses années marine le brave matelot
A souvenir intime de la couleur des flots
Sous la voute changeante des cieux azuréens
Grandes vagues mouvantes brisées au clair matin
Douce est la lumière bleue des océans lointains.
La mort déshonorante d'Augustin
Mes chers amis, versez à boire,
Versez à boire et du bon vin
De raisin blanc, de raisin noir,
À la santé de l'Augustin,
Ce vieux poivrot toujours en piste
Qui buvait canon sur canon
Au bistrot "L'entrée des Artistes"
À la santé des francs-maçons,
Des politicards communistes,
Des filles de joie du boxon,
Des religieux et des papistes,
Des gendarmes et de leur bâton.
Sa bonne femme, c'est bien laid
Au retour de ses libations
Le frappait à coups de balai
Jusqu'à lui fendre le chignon.
C'est pas d'sa faute s'il picolait,
Avant sa première communion
Ses parents l'avaient oublié
Derrière les fortifications
Dans un troquet à mauvaise mine
Où se retrouvaient les racailles
Pour boire le fruit de leurs rapines
Entre vils voleurs et canailles.
Ils lui apprirent les ficelles
Du métier de pilleur de sacs
De détrousseur de demoiselles
Et de nettoyeur de baraques.
À quatorze ans première prison
En maison de redressement
Pour y faire son éducation
À coups de trique, endroit charmant.
A dix-huit ans, dans la débine
On l'engagea dans un boxon
Pour y surveiller les trombines
Et surtout faire entrer l'pognon.
Devenu Mac sans le savoir
Il alla au trou pour cinq ans
À l'issue d'une sombre histoire,
Le début des emmerdements...
Sa vie ensuite fut bien classique :
Quand on entre dans ce milieu,
A Bell'ville où en Amérique,
Ça finit par des coups de feu
Et si t'es pas mort la débine
T'attendra au bout de la route ;
T'iras pas bosser à la mine,
Aller au fond c'est pour biloute,
Tu chercheras une rombière
Qui tapinera au trottoir,
Une femme de bonnes manières
Qui payera manger et boire.
Ce fut le destin d'Augustin.
Quand sa chevelure eût blanchi
Il s'embourba une catin
Qui se mit à bosser pour lui,
Lui se réfugia au bistrot.
Jouer aux cartes ou bien aux dés
Sans se prendre le caberlot
C'est pas fatigant, t'es au frais,
L'ardoise est réglée par Miquette,
La pute au coin de la rue basse
Qui dépucelle les arpètes,
Plus très jeune mais pas radasse.
Hier Augustin est claboté
Mort d'un bien moche arrêt du cœur.
Ni descendu, ni étranglé,
Rien d'une mort d'homme d'honneur.
Un infarctus l'a emporté
D'un seul coup au bout du comptoir
À l'issue d'un beau coup de dés
Fin du jeu et fin de l'histoire.
Mes chers amis, versez à boire,
Versez à boire et du bon vin
De raisin blanc, de raisin noir,
À la santé de l'Augustin.
À point ou saignant ?
Mmmhhh haaaaaaa...
Ohhhhhh ! Bon Dieu ma tête !...
...
Putain, j'ai le crâne qui cogne au rythme de mon cœur et la douleur est terrible.
Boum-boum-boum...
Y'a pas que la tête, merde ! J'ai mal partout, ils m'ont pas loupé les salauds !
Je dois avoir les deux genoux bousillés, je sens plus mes jambes... ou plutôt j'ai l'impression d'avoir deux énormes oreillers douloureux à la place.
Et mon dos !
À coups de batte ils m'ont eu les enfoirés.
...
Je suis où là ?
...
C'est noir. Hummff... merde, je suis bloqué aux coudes, pas moyen de lever les bras... Chuis dans une boîte ou quoi ?... du bois, des planches ?
...
Nom de Dieu, chuis dans un cercueil !!!
- Pourritures ! Salauds !...
ILS M'ONT ENTERRÉ VIVANT !!
... ?
Mais non, j'entends comme un bruit de frigo ou de machine, ça ronzonne. C'est pas un silence complet. Et puis y'a un poil de luminosité et je respire bien même s'il fait chaud. J'dois être dans une pièce.
...
À la morgue !?
On m'a cru mort et on m'a mis en bière !
- HÉ ! JE SUIS VIVANT !!
- OHÉ, Y'A QUELQU'UN ??? AU S'COURS !!
...
Bon sang ! Dès que quelqu'un arrive je HURLE pour qu'on me sorte de là !
...
Vache, qu'est-ce que j'ai mal !
...
Je lui avais pourtant dit à Franck de pas piocher dans les trois cents kilos à convoyer, quel con ! Il a attendu que j'aille pisser pour enfourailler de la dope en douce cet imbécile.
Y s'est fait gauler et maintenant il est mort.
Deux balles dans le bide et une dans l'œil pour solde de tout compte.
Et moi j'ai ramassé comme jamais. À coups de batte.
Z'ont dû croire que j'étais clamsé et on m'a collé dans un cercueil !
...
Du bruit ! Des pas...
- HÉO ! JE SUIS PAS MORT ! SORTEZ-MOI DE LÀ, JE SUIS VIVANT !
...
- Tiens, il est réveillé ducon. Alors Mec, bien dormi ?
- Sortez-moi de là par pitié !
- Pourquoi ? t'es pas bien installé mon gars ? On est sympa tu vois, on s'est bien occupé de ton confort, un lit douillet, un bon oreiller en satin...
- C'est bon, j'ai compris la leçon, sortez-moi, je paierai ce que vous voudrez... vous avez flingué Franck qui avait chouravé d'la came mais moi j'étais pas au courant, il a fait le coup dans mon dos l'enfoiré ! Laissez-moi une chance...
- Ah, pas d'bol mon vieux, on a des ordres, Gino veut que tu paies aussi, pour l'exemple. On a descendu ton pote trop vite d'après le Patron, une initiative malheureuse quoi, et on s'est fait bien engueuler, alors pour toi il a prévu un final plus... flamboyant, hahaha !
- Quoi ? Qu'est-ce vous allez faire ?
...
-QU'EST-CE QUE VOUS ALLEZ FAIRE ?!!!
...
Jo, c'est OK pour Môssieur le rôti d'porc, ouvre la porte du four !...
Noblesse oblige
La baronne du Vaux de Montpré, âgée de plus de quatre-vingts ans, se trouve invitée à une grande réception mondaine. Une coupe de champagne à la main elle se tient un peu à l'écart du brouhaha, balayant d'un regard ennuyé le flot mouvant des invités quand tout-à-coup elle aperçoit à quelques mètres un ami de jeunesse qu'elle n'a point vu depuis des années, le marquis de Lapau de Méburnes.
Émue, les yeux soudain brillants du bonheur de le revoir après tout ce temps, elle lève sa main libre, fait un signe et attire son attention, puis, d'une voix un peu chevrottante l'interpelle :
- Marquis, mon vieux complice !
Et le Marquis, lui souriant de répondre :
- Mes couilles aussi, chère baronne...
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