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Ray dit Kourgarou - Écrits, pensées, essais 'poétiques', élucubrations humoristiques...

Le début du commencement, juin 2017

4 Août 2025

L'origine :

 

Je me demande…
Pourquoi écrire ? Qu’écrire ? Sur quel sujet ? À quoi bon ?

Écrire c’est d’abord dessiner ; j’ai toujours aimé dessiner donc écrire, dès l’instant où, tout morpion, j’esquissais maladroitement mes premiers caractères alphabétiques jusqu’à ce jour où je tente la publication de quelques textes, en passant par les dictées de l’école communale, puis les rédactions au collège, les dissertations un peu plus tard, la rédaction ou la correction de lettres pour aider mes proches, lettres à l’administration, lettres de demande d’emploi, etc… Depuis quelques années et l’avènement de l’internet, j’ai laissé quelques traces aussi sur divers forums, la plupart du temps pour partager une passion, souvent pour donner mon avis ou répondre à une question, critiquer en bien ou en mal une opinion sur un sujet qui me touche ou simplement m’intéresse, mais toujours avec le souci d’écrire bien, du texte construit, sans fautes si ce peut être et tant qu’à faire agrémenté de quelques notes d’humour.

À la communale je naviguais entre le zéro faute et la faute et demie, en bagarre permanente avec Evelyne M., la « chouchoute » première de la classe presque tout le temps car douée en toutes matières (et surtout bosseuse, contrairement à mézigue) mais que je pouvais quand même griller dans les dictées parfois… Disons une fois sur trois en gros, ou alors à égalité certains jours. Il faut préciser qu’à l’époque le moindre accent oublié ou contrarié dans son sens, la moindre virgule omise ou une minuscule en place d’une majuscule étaient sanctionnés durement et obtenir un vingt sur vingt était assez difficile (et pour beaucoup impossible). La dictée « à trous » n’existait pas à l’époque, ha ! ha ! Fallait se coltiner tout le texte à l’encre et à la plume (stylo à bille strictement interdit), pas de bavure ni de pâté… Pfff… J’ai l’impression de décrire une scène du siècle dernier.
Ah ben tiens, c’était bien au siècle dernier justement, mer..d..ince alors ! Faudrait pas vieillir…

Au collège, toujours au siècle dernier, j’ai continué à aimer les mots et les phrases. Je n’appréciais pas trop l’étude de la grammaire mais j’aimais l’orthograffe. Heu… l’ortaugraphe ? … L’orthographe ! (Pas simple ce mot). Et puis j’adorais raconter des histoires et faire des mots, donc me taper des rédactions était un plaisir. C’était même ‘gros mot seau d’eau’ les seuls « devoirs » que je consentais de bon cœur à accomplir. Mon prof de français au collège, monsieur H. (paix à son âme), était (presque) toujours satisfait de moi ! La plupart de ses collègues qui me subissaient en classe au contraire me considéraient comme dilettante, je-m’en-foutiste, peut-mieux-’fairiste’, et leurs appréciations étaient dans la veine : « a fait cet hiver des tentatives pour se rapprocher du radiateur » « dort en classe mais a la bienséance de ne pas ronfler » « nul mais régulier » « possède un poil dans la main qui pourrait lui servir de canne » etc… etc… l’appréciation la plus courante étant « peut mieux faire… ». Ben voyons !

Néanmoins, monsieur H. me gardait toute sa confiance, m’encourageait, me suggérait des lectures choisies, me vantait les auteurs classiques, me confiait quelques-uns de ses livres personnels et me demandait parfois de lui résumer mes lectures. Ça me gonflait un peu car j’étais plutôt à lire Maurice Leblanc (Arsène Lupin), Agatha Christie, Jules Verne ou Henri Vernes (pas confondre avec le premier, ici c’est ‘Bob Morane’, pas ‘vingt mille lieues sous les mers’), mais surtout des romans de la série noire (Chandler, Chase, Cheyney), des auteurs anglo-saxons d’anticipation (Bradbury, Vance, Asimov, Van Vogt…) et aussi tous les San Antonio de Frédéric Dard, évidemment, là où il y avait de l’humour, des jeux de mots et un peu de cul, vive la France !
Je lisais souvent jusqu’à deux heures du matin et ensuite je ronflais en classe, bien sûr. Un jour je lui ai avoué un peu gêné que les classiques ne m’intéressaient pas vraiment et lui ai dit mes lectures. Il s’est mis à sourire et m’a confié que mes lectures préférées étaient pour partie les siennes et que, quoi qu’on lise il faut lire, y compris les bandes dessinées, les étiquettes de boites de conserve et de médicaments, le journal, enfin tout ce qu’on peut lire quoi… lui au moins n’était pas sectaire.

En ce qui concerne l’écriture, comme il savait que j’aimais ça, il me donnait des sujets personnels à travailler, hors programme scolaire, je lui torchais des quatre à six pages à chaque fois et il corrigeait, commentait, me faisait argumenter. Plus d’une fois il m’a conseillé, presque enjoint, à me lancer dans l’écriture de textes de mon cru, écrire des historiettes voire des nouvelles. Mais j’étais adolescent, je commençais à préférer courir derrière les filles (la sienne, de mon âge, était une bombe) et effeuiller la marguerite plutôt que remplir des pages (rien à voir avec les pages du Roi Henri III, lequel pour les remplir aimait plutôt les tourner après s’être mouillé le doigt).

Je vous passe la suite au lycée, ayant lâchement abandonné mes études en cours de route bien avant le bac. Ensuite la vie à continué de tourner, le boulot, les soucis, le temps… la flemme. J’ai écrit quelques trucs, ne les ai pas gardés ou les ai égarés.
 
Et puis il y a peu je suis tombé dans la morosité, à la retraite. Là je suis devenu super glandouille ! Je traîne dans mon canapé, devant la boite à niaiseries, l’avant-bras mi-fléchi posé sur l’accoudoir, les doigts serrés sur une canette, une main dans le paquet de chips et les pieds dans mes chaussons, le regard glauque posé sur mon durillon de comptoir, et l’ennui m’assaillant de toutes parts.

Et un soir de novembre 2016, gros coup de blues. (Coup de blouse de vieil écolier soixantenaire ?).
Je suis seul à la campagne, l’hiver se pointe et je commence à trouver le temps bien long. Je tente d’atténuer mon coup de blues d’un coup de rouge, en vain, puis de quelques autres verres de vin, enfin je me défroisse les méninges et j’écris quelques SMS (ou SOS ?) à des potes, je m’épanche (donc j’essuie… mon ennui) et comme à mon habitude j’essaie de torcher quelques phrases bien tournées (en vers qui plus est après ces quelques verres), puis expédie mon texte à un ami écrivain-éditeur. Il me lit et après quelques échanges me demande si je lui permets d’insérer mon texte dans le recueil de poésie qu’il est en train de finaliser.
Beuh… Pourquoi pas, si tu veux… Si tu paies bien hi ! hi !… hips !

Et puis dans la foulée je me prends au jeu, je rédige une petite suite et puis un autre texte, quelques bizarreries poétiques (paraît-il), une série de sentences et petites phrases humoristiques et je me lâche pendant quelques jours, puis quelques semaines, ce qui donne une bonne trentaine de textes. Mon ami me lit, médite un peu et après réflexion me propose de m’éditer un opuscule pour moi tout seul !
Alors subitement mon bon prof me revient en mémoire, un petit ver luisant surgit du fond de mon cerveau, se dégage du tréfonds de l’oubli, décabosse ma caboche. Le lampyre oxydant sa luciférine éclaire soudainement ma lanterne et la petite lueur verte me dit : à l’envie d’écrire cède, ne soit plus aigri ! Allons, vite, écris donc à l’envi ! Et crie ton envie d’écrit ! Il n’est pas vain d’écrire, l’écrit vain n’existe pas… L’écrit vint et j’écrivis alors et criai : ‘vingt dieux l’écrivain advient par le vin’ !
Et si mes écrits ne valent rien ce n’est pas un crime, c’est gratuit à l’ami qui m’édite.

Soyons honnêtes, « L’écrit n’me paie pas », mais au moins ça m’amuse.

Raymond dit Kourgarou. Juin 2017.
 

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