nostalgie
Quand on s’aère au port, Saint- Ex. ou moi
Contrairement à Antoine de Saint-Exupéry qui assoiffé après un vol prenait volontiers un
verre avec ses amis pilotes à l'issue d'un atterrissage sur quelque aérodrome improbable, je ne prends jamais l’air.
Quand j’écris je ne prends jamais l’air, j’entends par là que je ne suis pas aviateur.
Je ne suis pas non plus très bon écrivain comparé à Monsieur de Saint-Exupéry, bien malheureusement.
Néanmoins et sans aucune prétention (tu parles), je me trouve quelques points communs avec lui ; j’aime écrire et lorsque je suis assoiffé j’aspire également à me détendre avec quelques amis après l’atterrissage, mais pour ma part quand j’atterrissais jadis c’était dans un port.
J'étais marin.
Pour le marin, le retour après un long temps de mer se traduit généralement par une grande virée dans la basse ville pour s’imprégner de l’ambiance du port, avec un «T», mais rarement avec un thé. Plutôt en s’imprégnant avec de la bière et pas qu’une seule, la mer et ses milliards de tonnes de flotte salée ça donne soif !
Les grands aviateurs de guerre, tel le fameux Saint-Ex, après une victoire dans le ciel faisaient de leur avion battre les ailes et ensuite sabraient le champagne en compagnie au retour de leur mission. Le marin lui aussi bat de l’aile après avoir victorieusement descendu plusieurs bolées avec ses potes, mais c’est lui qui est 'sabré'.
Saint-Ex comme on le nomme familièrement ayant raté le concours de l’École navale ne sera donc pas marin mais deviendra pilote pendant son service militaire.
Un peu comme lui donc, je devins marin après avoir raté mon bac et donc mes études.
Tous deux nous fîmes escale dans quelques contrées aux noms exotiques et fréquentâmes parfois des lieux à la population interlope.
J’y ai des souvenirs de beuveries mémorables, à ne pas se le rappeler même parfois, ce qui est un paradoxe.
En général cela se terminait pour moi au fond du port, saoul comme un cochon, donc comme un porc, et pour certains voyageurs de mer les bières cumulées menaient parfois à la bière unique et terminale quelques années plus tard, pour une dernière crise de foi(e)... Vers Dieu le Père !
De la mer au Père.
Pour l’aviateur comme pour le marin l’escale est souvent un moment de calme après la tempête, de ciel bleu en nuées sombres pour le premier et de vagues lourdes et amères pour le second.
Dans les deux cas c’est à l’escale que certains mauvais souvenirs parfois s’estompent et finissent au fond d’un verre.
Où cela nous mène-t-il me demanderez vous ?
Nulle part, j’avais juste envie de délirer un peu sur un sujet sans intérêt.
De l’aviateur et écrivain, le grand Prince, à moi tout petit prince des idées fumeuses et des histoires dérisoires il y a un tel pas que je suis un peu gêné d’avoir écrit ce texte.
Pourtant mon idée de départ était de m’aérer la tête et du mauvais temps passé oublier l’amer, puisque la mer de la mort m’a épargné.
Car je suis toujours bien vivant
Mais le sac à terre à présent
À raconter des galéjades
Et à débiter des salades.
Pour le marin mourir à terre
Et terminer au cimetière
Est toujours un peu dérisoire
Et contrarie sa belle histoire
Alors que pour un aviateur
Finir au ciel est un honneur
Et je n’ai toujours pas admis
Qu’en la mer Saint-Ex eût péri.
Pauvres de nous...
Kourgarou, 26 avril 2019.
Croquer des pommes rouges
Au souvenir des balancelles
De nos grands-mères qui, jouvencelles,
Lançaient leurs fines chevilles en avant
Leurs jupes s'offrant au vent
Je rêve parfois.
Un merveilleux retour des temps
Ou les jardins étaient si riches
De fleurs et des cris des enfants
Temps ou l'argent n'était qu'artiche
L'argot patois.
Des fortifs jusqu'aux boulevards
On pouvait y croiser l'apache
La casquette sur ses yeux noirs
Et les roufflaquettes en panache,
Couteau mauvais parfois.
Les belles à chapeaux fleuris
Martelaient du talon le trottoir
Chavirant le cœur des maris
Pour un petit bonheur exutoire,
Plaisir sans joie.
La guerre n'était qu'en attente
Les bistrots faisaient salle pleine
Et si la vie était harassante
Pour six jours de chaque semaine
Dimanche on filait au bois.
Le peuple allait à bicyclette
La voiture était aux nantis
Le voyou à motocyclette
Moquait les flics à vélo et pardi,
haïssait le bourgeois.
Dimanche on mangeait du poulet
De la saucisse ou des haricots
Pour autant qu'on pouvait s'en payer
Quand on était du populo,
Bourse à l'étroit.
Aujourd'hui tout est magnifique
On a foison de trucs futiles
D'appareils et outils si pratiques
Qu'ils rendent l'effort inutile
Engins sournois.
J'aimerais retrouver certains jours
Les lenteurs de la vie de ce temps
Le bonheur de faire un parcours
Sans courir et en appréciant
La vie d'autrefois.
Aller croquer des pommes rouges
Aux jolis vergers de Montrouge
Pour un moment, pour un instant,
Ne plus me sentir impatient
Être un peu moi.
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