Le début du commencement, juin 2017
L'origine :
Je me demande…
Pourquoi écrire ? Qu’écrire ? Sur quel sujet ? À quoi bon ?
Écrire c’est d’abord dessiner ; j’ai toujours aimé dessiner donc écrire, dès l’instant où, tout morpion, j’esquissais maladroitement mes premiers caractères alphabétiques jusqu’à ce jour où je tente la publication de quelques textes, en passant par les dictées de l’école communale, puis les rédactions au collège, les dissertations un peu plus tard, la rédaction ou la correction de lettres pour aider mes proches, lettres à l’administration, lettres de demande d’emploi, etc… Depuis quelques années et l’avènement de l’internet, j’ai laissé quelques traces aussi sur divers forums, la plupart du temps pour partager une passion, souvent pour donner mon avis ou répondre à une question, critiquer en bien ou en mal une opinion sur un sujet qui me touche ou simplement m’intéresse, mais toujours avec le souci d’écrire bien, du texte construit, sans fautes si ce peut être et tant qu’à faire agrémenté de quelques notes d’humour.
À la communale je naviguais entre le zéro faute et la faute et demie, en bagarre permanente avec Evelyne M., la « chouchoute » première de la classe presque tout le temps car douée en toutes matières (et surtout bosseuse, contrairement à mézigue) mais que je pouvais quand même griller dans les dictées parfois… Disons une fois sur trois en gros, ou alors à égalité certains jours. Il faut préciser qu’à l’époque le moindre accent oublié ou contrarié dans son sens, la moindre virgule omise ou une minuscule en place d’une majuscule étaient sanctionnés durement et obtenir un vingt sur vingt était assez difficile (et pour beaucoup impossible). La dictée « à trous » n’existait pas à l’époque, ha ! ha ! Fallait se coltiner tout le texte à l’encre et à la plume (stylo à bille strictement interdit), pas de bavure ni de pâté… Pfff… J’ai l’impression de décrire une scène du siècle dernier.
Ah ben tiens, c’était bien au siècle dernier justement, mer..d..ince alors ! Faudrait pas vieillir…
Au collège, toujours au siècle dernier, j’ai continué à aimer les mots et les phrases. Je n’appréciais pas trop l’étude de la grammaire mais j’aimais l’orthograffe. Heu… l’ortaugraphe ? … L’orthographe ! (Pas simple ce mot). Et puis j’adorais raconter des histoires et faire des mots, donc me taper des rédactions était un plaisir. C’était même ‘gros mot seau d’eau’ les seuls « devoirs » que je consentais de bon cœur à accomplir. Mon prof de français au collège, monsieur H. (paix à son âme), était (presque) toujours satisfait de moi ! La plupart de ses collègues qui me subissaient en classe au contraire me considéraient comme dilettante, je-m’en-foutiste, peut-mieux-’fairiste’, et leurs appréciations étaient dans la veine : « a fait cet hiver des tentatives pour se rapprocher du radiateur » « dort en classe mais a la bienséance de ne pas ronfler » « nul mais régulier » « possède un poil dans la main qui pourrait lui servir de canne » etc… etc… l’appréciation la plus courante étant « peut mieux faire… ». Ben voyons !
Néanmoins, monsieur H. me gardait toute sa confiance, m’encourageait, me suggérait des lectures choisies, me vantait les auteurs classiques, me confiait quelques-uns de ses livres personnels et me demandait parfois de lui résumer mes lectures. Ça me gonflait un peu car j’étais plutôt à lire Maurice Leblanc (Arsène Lupin), Agatha Christie, Jules Verne ou Henri Vernes (pas confondre avec le premier, ici c’est ‘Bob Morane’, pas ‘vingt mille lieues sous les mers’), mais surtout des romans de la série noire (Chandler, Chase, Cheyney), des auteurs anglo-saxons d’anticipation (Bradbury, Vance, Asimov, Van Vogt…) et aussi tous les San Antonio de Frédéric Dard, évidemment, là où il y avait de l’humour, des jeux de mots et un peu de cul, vive la France !
Je lisais souvent jusqu’à deux heures du matin et ensuite je ronflais en classe, bien sûr. Un jour je lui ai avoué un peu gêné que les classiques ne m’intéressaient pas vraiment et lui ai dit mes lectures. Il s’est mis à sourire et m’a confié que mes lectures préférées étaient pour partie les siennes et que, quoi qu’on lise il faut lire, y compris les bandes dessinées, les étiquettes de boites de conserve et de médicaments, le journal, enfin tout ce qu’on peut lire quoi… lui au moins n’était pas sectaire.
En ce qui concerne l’écriture, comme il savait que j’aimais ça, il me donnait des sujets personnels à travailler, hors programme scolaire, je lui torchais des quatre à six pages à chaque fois et il corrigeait, commentait, me faisait argumenter. Plus d’une fois il m’a conseillé, presque enjoint, à me lancer dans l’écriture de textes de mon cru, écrire des historiettes voire des nouvelles. Mais j’étais adolescent, je commençais à préférer courir derrière les filles (la sienne, de mon âge, était une bombe) et effeuiller la marguerite plutôt que remplir des pages (rien à voir avec les pages du Roi Henri III, lequel pour les remplir aimait plutôt les tourner après s’être mouillé le doigt).
Je vous passe la suite au lycée, ayant lâchement abandonné mes études en cours de route bien avant le bac. Ensuite la vie à continué de tourner, le boulot, les soucis, le temps… la flemme. J’ai écrit quelques trucs, ne les ai pas gardés ou les ai égarés.
Et puis il y a peu je suis tombé dans la morosité, à la retraite. Là je suis devenu super glandouille ! Je traîne dans mon canapé, devant la boite à niaiseries, l’avant-bras mi-fléchi posé sur l’accoudoir, les doigts serrés sur une canette, une main dans le paquet de chips et les pieds dans mes chaussons, le regard glauque posé sur mon durillon de comptoir, et l’ennui m’assaillant de toutes parts.
Et un soir de novembre 2016, gros coup de blues. (Coup de blouse de vieil écolier soixantenaire ?).
Je suis seul à la campagne, l’hiver se pointe et je commence à trouver le temps bien long. Je tente d’atténuer mon coup de blues d’un coup de rouge, en vain, puis de quelques autres verres de vin, enfin je me défroisse les méninges et j’écris quelques SMS (ou SOS ?) à des potes, je m’épanche (donc j’essuie… mon ennui) et comme à mon habitude j’essaie de torcher quelques phrases bien tournées (en vers qui plus est après ces quelques verres), puis expédie mon texte à un ami écrivain-éditeur. Il me lit et après quelques échanges me demande si je lui permets d’insérer mon texte dans le recueil de poésie qu’il est en train de finaliser.
Beuh… Pourquoi pas, si tu veux… Si tu paies bien hi ! hi !… hips !
Et puis dans la foulée je me prends au jeu, je rédige une petite suite et puis un autre texte, quelques bizarreries poétiques (paraît-il), une série de sentences et petites phrases humoristiques et je me lâche pendant quelques jours, puis quelques semaines, ce qui donne une bonne trentaine de textes. Mon ami me lit, médite un peu et après réflexion me propose de m’éditer un opuscule pour moi tout seul !
Alors subitement mon bon prof me revient en mémoire, un petit ver luisant surgit du fond de mon cerveau, se dégage du tréfonds de l’oubli, décabosse ma caboche. Le lampyre oxydant sa luciférine éclaire soudainement ma lanterne et la petite lueur verte me dit : à l’envie d’écrire cède, ne soit plus aigri ! Allons, vite, écris donc à l’envi ! Et crie ton envie d’écrit ! Il n’est pas vain d’écrire, l’écrit vain n’existe pas… L’écrit vint et j’écrivis alors et criai : ‘vingt dieux l’écrivain advient par le vin’ !
Et si mes écrits ne valent rien ce n’est pas un crime, c’est gratuit à l’ami qui m’édite.
Soyons honnêtes, « L’écrit n’me paie pas », mais au moins ça m’amuse.
Raymond dit Kourgarou. Juin 2017.
Pré-visions
Le temps existe-t-il ? Est-il courbe ? Suspend-il son vol ? Modifie-t-il sa vitesse ?
Il m’arrive assez régulièrement de recevoir des instantanés de « déjà vu ». Il m’est même plusieurs fois parvenu des « visions » quelques secondes avant de voir vraiment.
Un exemple : quand j’avais une dizaine d’années, au retour de vacances en voiture dans le centre de la France avec mes parents, comme c’était l’heure de déjeuner mon père à proposé à ma mère d’acheter du pain pour le casse-croûte dans le prochain bourg que nous aurions à traverser. À ce moment j’ai « vu » une place en centre de village, avec une halle centrale, des commerces et surtout une boulangerie sur le côté droit de la rue. J’ai donc dit à mon père que « tiens justement on va arriver dans un village avec une place, une halle... etc... et « y’a une boulangerie au coin à droite, papa ». Mon père a arrondi les yeux et m’a dit « qu’est-ce que tu racontes comme conn... bêtises, on n’est jamais venu par ici, c’est la première fois qu’on passe par cette route ! »
Là je lui ai dit que « ben si, moi je la vois bien la boulangerie, elle est à droite au coin, en face la halle et qu’elle est comme ci et comme çà ». Je lui ai décrit la façade, la couleur, etc...
Évidemment il m’a pris pour un dingo en lâchant le volant de sa dextre et se vissant l'index sur le temporal mais une minute plus tard on est arrivé à l’endroit décrit, la place, la halle et évidemment la boulangerie, à peu près telles que je les avais « vues » !
Mon père et ma mère étaient comme deux ronds de flan et bien obligés d’admettre que j’avais « vu » la boulangerie avant d’y arriver alors qu’effectivement nous n’étions jamais passés dans ce bled, ni eux ni moi ! Ils me l’ont bien confirmé. Je n’ai toujours pas compris soixante ans après, mais je l’ai vécu et je m'en souviens encore.
Ces sensations de « déjà vu » d’une situation, d’un instant de vie, d’un paysage, d’une action, qui me parviennent régulièrement sont connues de beaucoup de gens, parfois fugaces, parfois plus précises, parfois dérangeantes. C’est vraiment troublant.
Je me pose la question à chaque fois : comment ça marche ?
Je n’ai pas la réponse.
Tout ce que je peux dire, c’est que les premières fois je voyais un instantané bref, comme une image fixe puis maintenant, avec l’habitude, au moment où je commence à ressentir la sensation de « déjà-vu » j’arrive à me concentrer et à faire durer l’instant et appréhender une suite, un peu comme un début de bande annonce de film, et à pouvoir entrevoir les quelques secondes qui vont suivre... avant de les vivre. C’est assez amusant mais parfois un peu flippant.
Pas « voyant », mais presque.
Et n’allez pas croire que cela se produit seulement quand j’ai terminé ma bouteille de Bourdogne ou de Borgaux, ça m’arrive aussi à jeun(*), bien que l’on précise parfois que « les 'voyants' sont au rouge ».
Allez ! Une deuxième boutade, et pas de Dijon, là ou le moût tarde : plus je bois de mon vin, plus je vois clairement... le fond de la bouteille.
Tout ce que je viens d’écrire est la pure vérité, ou alors je suis un fieffé menteur.
In vino véritas.
(*) en revanche à jeun ou imbibé je n'ai jamais eu de 'vision' sur Agen. Cette ville ne m'inspire rien et je n'en connais que la gare pour m'y être arrêté une seule fois au cours d'un voyage en train. Cette gare d'ailleurs m'a paru très banale contrairement à la gare de Perpignan que Salvador Dali considérait comme le centre du monde et dans laquelle il a déclaré avoir eu une extase cosmogonique. Moi à la gare d'Agen je n'ai ressenti que de l'ennui.
Raymond dit Kourgarou. Mai 2017.
La dernière sentinelle
Ce soir, près de la ferme, debout au coin du bois à l'orée de ce pré en friche, je regarde mon ombre qui s'allonge, un peu courbée, presque tordue, penchée sur un côté.
je suis vieux et seul.
Mon coeur est devenu dur et sec avec l'âge.
Je porte sur mon torse d'anciennes cicatrices, plusieurs trous dans la peau, une grande balafre en travers de la tête. Dans mon corps torturé quelques bouts de ferraille.
Le soleil de l'automne dans mon dos doucement propose sa lumière faiblissante et je ressens encore un peu la chaleur chichement dissipée par l'astre à son coucher.
Ma peau est grise, depuis longtemps tannée, de toutes ces années passées sur le terrain l'été à me griller, l'hiver à me geler. Sous la pluie et le vent, quelle que soit la saison, j'ai accompli ma tâche et suis resté au front.
Tout jeune, quand je fus enrôlé avec mes compagnons pour faire ce métier et garder cette terre, j'étais tout droit et fier. Le pied sûr, je tenais le terrain avec mes frères d'armes. Nous formions une ligne, alliés les uns les autres d'une herse de fer équipée d'ardillons, pour barrer le passage à tout envahisseur mais surtout protéger ceux derrière nous dont nous avions la garde.
Au fil des jours et des évènements certains de mes frères sont tombés, ont péri, pris dans les barbelés, mis à terre sans pitié par un destin cruel, la tête fracassée ou le pied arraché, ou simplement brisés par le malheur du temps. Aussitôt remplacés, la ligne fut tenue malgré tout, par d'autres appelés qui à leur tour un jour eurent un semblable sort.
Leurs cadavres pour certains ne furent pas enlevés et pourrirent sur le sol. Quelques-uns mutilés ou brûlés terminèrent cette vie avant de faire carrière.
Tant et tant que parfois j'envie leur mort.
Je me sens si seul.
Pourtant un jour tout fut fini. Les terres que nous gardions furent désertées, abandonnées des hommes et de leurs animaux. Personne à protéger, plus personne à garder. Mes compagnons de ce fait perdirent leur emploi et furent déployés ailleurs pour d'autres ministères, ceux qui étaient trop vieux ou trop cassés finirent leur temps dans un foyer.
Je suis vieux et seul.
On m'a oublié dans ce coin.
Mon coeur est dur et sec.
Bientôt j'espère néanmoins que quelqu'un aura pitié de moi, me voyant planté là, ressassant ma misère.
Je peux toujours servir et être un peu utile, j'ai encore quelque force et j'ai de l'expérience. Je tiens toujours debout, le pied encore solide.
J'en ai marre d'être ici ! Je veux quitter ce trou.
Qui vient m'en m'arracher ?
Allez faites un effort, je suis un beau piquet
de bois dur et solide, en tronc de châtaignier.
Trouvez-moi donc un job.
Fatalitas
Je gis six pieds sous terre
boulotté par les vers.
D'un coup de revolver
J'ai mordu la poussière.
J'aurais pu en rivière
corde au pieds une pierre
oublier la lumière,
Me retrouver misère
Jeté par la portière
La tête la première
Et fermer les paupières
Enfoui dans le désert
Ou de façon grossière
Au fond d'une carrière
Sous un gros tas de pierres.
Mais le tueur hier
De plus belle manière
M'a promis cimetière :
D'un coup de révolver
Il m'a fait mon affaire
Et m'a laissé par terre
Sans frais ni honoraires.
Tout ça pour l'adultère
Commis sur sa mégère
Femme bien ordinaire
Ma foi. Je suis pas fier
De n'avoir pas su faire
Deux-trois pas en arrière
Quand j'ai vu la rombière.
Sexuelle misère...
Que m'as-tu donc fait faire ?
Aller montrer pépère
À une bayadère
Mariée à un gangster !
Pas trouvé mieux à faire ?
Au paradis j'espère
Ou peut-être en enfer
Ils servent de la bière
Meilleure et moins amère
Que celle du cimetière.
Je suis six pieds sous terre
boulotté par les vers.
D'un coup de revolver
J'ai mordu la poussière.
Bistrot halal
En Belgique, dans le quartier de Molenbeek, un nouveau troquet vient d’ouvrir à l’enseigne de « l’Awaque ». Il est principalement fréquenté par la communauté musulmane qui aime bien aller boire un coup à l’Awaque bar.
Un résumé malvenu
(Tout est vrai).
Reportage télévisé sur les dégâts causés par les incendies dans le sud de la France.
Le représentant d’un organisme de protection des tortues d’Hermann déclare :
...95% des tortues sont mortes brûlées au cours des feux...
et la journaliste de commenter juste après :
« la tortue d’Hermann est en voie d’extinction dans cette région » !
Suffit de le savoir
Récemment mon charcutier de quartier, montagnard éprouvé, m'a dit être allé en vacances en Amérique du Sud.
Je lui ai demandé où exactement, il m'a répondu "je suis allé faire de l'escalade dans la Cordillère des Yettes".
- La cordillière des Yettes ? Je connais pas. La cordillière des Andes je vois bien où c'est mais celle des Yettes ?
- Mais si, c'est son autre nom, Andes ou Yettes c'est la même chose...
Une affaire non tranchée
Une actrice porno très connue vient de mourir.
Elle se présente à l'entrée du paradis, Saint-Pierre l'aperçoit et s'emporte : "oh-la-la-la-la ! Pas question de vous recevoir ici ! Après toutes les cochonneries que vous avez faites, non-non-non, allez zou, direct l'enfer".
Quelques temps plus tard Satan appelle Saint-Pierre et lui dit : "Bon, mon vieux tu es bien gentil mais on n'en veut pas chez nous de ta gonzesse, c'est pas une affaire, il faut nous la reprendre".
"Et pour quelle raison" ? demande Saint-Pierre.
"Parce que c'est encore un plan pourri cette histoire, on a voulu la débiter (c'est le cas de le dire) pour la foutre au feu, mais on a cassé déjà plusieurs lames de scie. Elle est bourrée de nœuds" !
Si à la fin tarin compris, c'est naze
Il y a de nombreuses formes de nez, celles-ci sont désignées d'après leur apparence au milieu du visage par des noms scientifiques mais aussi parfois familiers.
En voici une liste non exhaustive :
Ie nez droit ou nez grec :
celui d'Hélène qui par le bout à la guerre de Troie amène hélas.
Le nez épaté :
qui est fortement apprécié à l'heure d'un casse-croûte campagnard.
Le nez busqué :
"bais quelle est cedde odeur adibale" dirait un enrhumé.
Le nez tombant :
celui qu'il faut bien retenir, pour mémoire.
Le nez camus et donc camard :
tel celui d'Albert qui par le fait en avait assez.
Le nez aquilin :
ou l'autre, au choix, peut se référer pour bien sentir d'où vient le vent.
Le nez en bec d'aigle :
qu'affectionnent ceux qui n'aiment pas être pris pour des buses.
Le nez Bourbonnien :
qui s'y frotte s'y picole, s'il aime la double distillation.
Le nez retroussé :
pour sentir venir l'arnaque et n'être détroussé.
Le nez fin :
pratique pour le glisser dans les affaires des autres ou se sentir malin.
Le nez mutin :
ornement courant chez les révoltés qui refusent de manger des bounty en Mars.
Le nez en trompette :
de Jericho, Canaan rien à péter ou d'harmonie, élégant et musical.
le nez en patate :
chez les "champs" du Nord qui ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors.
Le nez en betterave :
voir "Nez en patate".
Le nez enluminé :
de couleurs vives, pratique pour éclairer le chemin le soir en sortant du troquet mais pouvant attirer l'attention de la gent d'armesque.
Le nez Corbin :
notre bon Corneille en eût-il été affublé qu'il eût pu écrire, on le chuchotte, de Molière le Tartruffe ?
Le nez en bec de canard :
autre façon du précédent qui est d'un autre volatile plus futile.
Le nez en pied de marmite :
bien stable mais sans grande utilité à part faire rire les copains de comptoir.
Le nez petit :
insignifiant donc sans intérêt particulier.
Le nez moyen :
qui ne les a ni d'être petit ou gros, donc qui le restera.
Le nez gros :
Spirituel, surtout chez les noirs américains.
La chèvre de Monsieur Cheuguin
Au village de Saint-Corbin-le-vieux comme tous les matins depuis plus de 40 ans François Cheuguin se leva à 5 heures pétantes, fit du café, en but un bol bien noir et sans sucre, rinça celui-ci d'une lichette de vieille prune (il nommait cette petite habitude 'le premier coup du père François') et se prépara pour aller soigner ses chèvres.
Il posa ses charentaises bien alignées à droite de la porte, près du seuil, chaussa sa paire de bottes en caoutchouc, enfila sa veste de velours hors d'âge puis tendit machinalement le bras vers la patère pour y cueillir sa casquette de toile... mais point de casquette !
"Bon Gu d'vain Gu ! Où j'ai-ti donc encore ben fourré ma casquette crénom" !
Après avoir fait le tour de la pièce commune du regard sans aviser son couvre-chef, il jeta vainement un coup d'œil rapide dans la chambre puis abandonna et se dit qu'il avait dû l'oublier la veille au soir au cellier, comme cela était déjà arrivé quelquefois où il avait trop tiré sur la chopine.
Il sortit donc tête nue, un coup à chopper un rhume à une heure aussi matinale, et se dirigea d'un pas décidé vers la chèvrerie, en ouvrit la porte et manipula à tâtons l'interrupteur.
La lumière jaunâtre de l'unique ampoule électrique couverte de chiures de mouches éclaira chichement les lieux.
Neuf de ses dix chèvres béguétèrent à l'unisson et se précipitèrent vers lui, heureuses de son arrivée et surtout de la perspective d'une nouvelle journée à l'air libre. La dixième au contraire n'émit qu'un faible bêêê... et resta couchée sur le côté dans un coin, apathique.
"Ben v'là aut' chose, qué qui t'arrives ma blanchette" ?
Il s'agenouilla près d'elle, lui souleva doucement la tête, passa la main sur son flanc et constata un ventre gonflé.
"Ah ben bon sang de bonsoir, manquait plus qu'çà, ma blanchette, te v'la ben mal en point" ! "T'inqu'ète donc pas, j'va app'ler l'vétérinaire ed' suite".
Ainsi fit-il.
Passons sur les détails...
Le vétérinaire du bourg vint dans l'heure, ausculta la biquette, la palpa et usa de son stéthoscope pour déclarer au final que l'animal avait probablement ingéré quelque chose qui avait du mal à passer.
"Bon Diou ! Ma casquette !" S'écria François. "Elle a bouffé ma casquette" !
Il venait d'en apercevoir quelques lambeaux déchiquetés dans la paille.
"Misère de misère, elle va crever ma gentille blanchette" !
"Mais non, mais non", le rassura le vétérinaire. "Ne vous inquiétez pas.
C'est une chèvre et vous savez bien que les chèvres ont un estomac d'acier.
Elle va s'en remettre je vous l'assure, la nature est bien faite et au vu de ce qui reste de la casquette elle n'en a pas avalé tant que ça et heureusement surtout, pas la visière.
Vous allez la garder au chaud ici jusqu'à demain, lui donner bien à boire et rester près d'elle un peu pour la surveiller, vous verrez que d'ici l'aube elle sera sur ses pattes. Ce n'est pas bien grave, je lui donne un laxatif, lui fais juste une piqûre calmante et elle ira mieux demain".
Ainsi fut dit, ainsi fut fait.
À l'aube du lendemain matin la chèvre avait en effet évacué quelques lambeaux de tissu par les voies naturelles et remise sur pattes présentait une toute autre figure.
Elle partit la première au pré, la barbichette au vent et les cornes dressées comme si de rien n'était.
François le chevrier en fut tout ragaillardi.
Il rappela le vétérinaire au téléphone et lui annonça la bonne nouvelle, promettant une bonne bouteille et quelques fromages pour le remercier.
Moralité de l'histoire :
- casquette en panse ?
- pas grand-chose.
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